Le Pen, Mélenchon, Attal : les temps forts du sommet Playbook Paris Live de POLITICO
PARIS — Trois candidats à l’élection présidentielle se sont succédé sur le plateau du premier sommet Playbook Paris Live de POLITICO, non sans s’interpeller et se donner quelques coups de griffe. Eux à l’Elysée, continuent-ils d’aider l’Ukraine face à la Russie ? Quelle mesure prendre pour faire face à la flambée des prix des carburants ? Faut-il ralentir ou accélérer le développement de l’intelligence artificielle ? Le point sur leurs déclarations.
GABRIEL ATTAL
L’ancien Premier ministre a ouvert le bal de nos interviews. Candidat depuis le 22 mai, il peine à s’imposer comme le représentant du bloc central, face à son rival Edouard Philippe, qui fait la course en tête dans les intentions de vote.
1. Sur l’Europe et l’Ukraine
Aucune hésitation possible pour le candidat Renaissance : la France doit continuer de soutenir financièrement l’Ukraine. “Ce n’est pas une opération humanitaire. […] C’est un investissement pour notre sécurité, pour le quotidien des Français”, a-t-il martelé. Faut-il aller envoyer nos avions protéger le ciel ukrainien ? “Je pense qu’il ne faut pas l’exclure […] si ça répond à une demande des Ukrainiens.” Une demande qui ne lui “semble pas être d’une clarté totale aujourd’hui”. Et “si ça se fait en coopération avec d’autres nations”, a-t-il précisé.
Interrogé sur la contribution française à l’Union européenne, que son ancien collègue au gouvernement Bruno Le Maire propose de baisser de 5 milliards d’euros, Gabriel Attal répond par la négative ! “Ça ne me satisfait pas”, a-t-il réagi. Toutefois, il s’est montré ouvert à ce que, “éventuellement”, les amendes payées par les géants du numérique puissent servir de “manière transitoire” à réduire la dîme versée par les Etats membres.
2. Sur l’intelligence artificielle
L’ex-ministre de l’Education nationale a fait de l’IA l’un de ses quatre chantiers prioritaires. S’il entend les craintes actuelles autour de son développement, il rejette l’idée de faire une pause pour en limiter les risques. Il prône la création d’une “régulation sans ralentir le rythme de développement de l’IA en mettant en place une organisation internationale”, sur le modèle de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Pour soutenir les entreprises européennes, Gabriel Attal mise également sur son concept d’“Etats-Unis d’Europe” et sur la commande publique.
3. Sur les finances publiques
Gabriel Attal s’est montré prudent sur le projet de loi de finances pour 2027, attendant d’avoir la copie de Sébastien Lecornu entre les mains. Interrogé sur le risque d’une censure du gouvernement et les signaux envoyés par le Premier ministre en direction du Rassemblement national, il a estimé qu’on ne “peut pas faire confiance au RN […] et à LFI”. “Marine Le Pen ne regarde que son intérêt politique du moment dans les décisions qu’elle prend, et pas l’intérêt de la France”, a-t-il taclé, invitant l’exécutif à chercher à discuter “avec ceux qui sont entre la LFI et le RN”.
Lui président, il prévoit de mettre en place un plan de 150 milliards d’euros d’économies sur cinq ans, avec un gros effort sur les dépenses sociales. Une “base”, car il “faudra probablement aller plus loin”, a-t-il reconnu. Face au spectre d’une crise de la dette, Gabriel Attal, qui s’est entretenu mercredi avec plusieurs économistes (Xavier Jaravel, Natacha Valla ou encore Olivier Blanchard), a annoncé qu’il préparait “un plan de secours au cas où la situation se dégraderait à très court terme”. Il devrait aussi dévoiler prochainement la suppression “d’une strate” dans le mille-feuille territorial.
MARINE LE PEN
La candidate RN, qui postule pour la quatrième fois à l’élection suprême, est, pour l’instant, l’ultrafavorite de cette élection présidentielle.
1. Sur l’Europe et l’Ukraine
L’aide à Kyiv ? Il faut y renoncer, a martelé Marine Le Pen : “Nous ne pouvons plus aider financièrement l’Ukraine.” Pour la candidate du Rassemblement national (RN), la France, étant donné sa situation budgétaire, “n’a plus les moyens” de soutenir le pays face à l’agression russe. “Il faudra peut-être trouver d’autres formes de financement”, a-t-elle avancé, sans plus de détails.
Si la députée du Pas-de-Calais reconnaît “un risque d’escalade” dans le conflit, à la lumière des récentes actions hostiles menées par Moscou, elle refuse de faire un lien entre la sécurité de la France et la défense de l’Ukraine, estimant que “le sujet n’est pas là”.
La candidate souhaite toujours retirer la France du commandement intégré de l’Otan, mais elle ne le fera pas tant que la guerre menée par la Russie en Ukraine fera rage. “Ce n’est pas le moment de prendre des mesures en ce sens, mais, bien sûr, ma volonté de le faire reste intacte”, a-t-elle déclaré.
2. Sur le budget
C’est aussi parce que la situation financière de la France l’inquiète que Marine Le Pen veut qu’un budget soit adopté au Parlement. “Une crise obligataire peut se déclencher du jour au lendemain”, a-t-elle alerté. Mais aussi parce que l’élection présidentielle se tient l’an prochain, “une lumière au bout du couloir”, a estimé la candidate.
Interrogée sur sa volonté, ou non, de censurer le gouvernement de Sébastien Lecornu, “MLP” a reconnu que c’était “différent” par rapport à l’année dernière. Son objectif : “Faire en sorte que [le budget] soit le moins imparfait possible”, pour éviter à tout prix une loi spéciale, qui deviendrait nécessaire si les textes budgétaires ne sont pas adoptés avant la fin de l’année. Car elle ne pourrait plus, alors, rectifier les mesures votées en 2026 avant l’examen d’un nouveau projet de loi de finances, pour 2028.
La candidate du RN a annoncé qu’elle présenterait la trajectoire budgétaire de son éventuel quinquennat le 6 octobre — dont “125 milliards d’économies” sur cinq ans.
3. Sur le climat
Alors que la France est frappée depuis plusieurs mois par des épisodes caniculaires, conséquences du dérèglement climatique, Marine Le Pen est revenue sur ses propos relativisant la crédibilité des scénarios du Giec, référence scientifique mondiale sur le climat.
Assurant que le réchauffement climatique “n’est absolument contesté par personne”, elle a estimé que certaines “hypothèses [du Giec] sont optimistes”, d’autres, “plus alarmistes”.
JEAN-LUC MÉLENCHON
Candidat lui aussi pour la quatrième fois à l’élection présidentielle, le leader Insoumis défend une politique de non-alignement sur la scène internationale.
1. Sur l’Otan et le G20
Malgré l’intensification de la guerre hybride russe en France, Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé qu’il était en faveur d’une sortie de l’Otan. Mais, a-t-il précisé en évoquant les menaces russes sur les pays baltes, cela ne signifierait pas que la France “abandonne[rait] la défense des frontières communes [de l’UE]”. “On s’est retiré pendant des années du commandement militaire [de l’Otan], on n’est pas mort et ça n’a rien dérangé”, a-t-il argué. Le candidat Insoumis a affirmé que, “quand on a affaire à quelqu’un comme Trump, c’est une affaire de dignité aussi”, pointant que l’Alliance ne pouvait pas dépendre de la seule bonne volonté du président américain.
Interpellé sur l’invitation lancée par Donald Trump à Vladimir Poutine de venir au G20 à Miami, en décembre, Jean-Luc Mélenchon a botté en touche. “Je ne suis pas le bon client, j’ai toujours condamné ce machin [le G20]. Moi, je connais l’Organisation […] des Nations unies”, a-t-il justifié.
2. Sur l’Allemagne
Le leader Insoumis s’est inquiété de l’ambition de l’Allemagne de construire la plus grande armée conventionnelle d’Europe. Rappelant l’histoire tragique entre la France et son voisin, il a estimé qu’une telle décision de Berlin devrait être concertée avec les autres pays européens. “Si tu veux quand même la faire, alors il faut en parler. Et tu vas nous dire pourquoi [tu veux développer cette armée]”, a-t-il développé, faisant comme s’il s’adressait au gouvernement allemand. Pour Jean-Luc Mélenchon, la République fédérale cherche à se transformer en “une économie d’armement”, “comme ils n’arrivent plus à vendre leurs voitures”.
3. Sur l’intelligence artificielle
La France doit pouvoir contrôler l’ensemble de la chaîne d’installation d’un centre de données sur son territoire, a également défendu le candidat LFI. “Il y a des choses dont je ne veux pas : c’est la France comme parc d’installation de toute sorte de machines à accumuler des données, sur lesquelles elle n’aurait aucun contrôle et qui sont écologiquement désastreuses”, a-t-il décrit à POLITICO, pointant leur “consommation en eau et en énergie [qui] est terrible”.
Cette déclaration de Jean-Luc Mélenchon intervient alors que plusieurs collectivités commencent à s’opposer à l’installation de datacenters sur leurs localités.
4. Sur les carburants
Face à l’envolée des prix de l’essence et du diesel, l’Insoumis en chef continue de prôner le blocage des prix à 1,70 euro le litre, ce qui ne causerait pas de risque de pénurie, assure-t-il. “Vous pensez vraiment qu’une compagnie comme Total et les autres vont dire : je renonce au marché intérieur que représente la France ?”, a-t-il lancé.